Des livres pour l’hiver – 2/ Cinq livres jeunesse

Les journées raccourcissent et vos enfants, qui, le jour déclinant, n'aspirent qu'à conjurer l'ennui, vous regardent avec des yeux avides de solutions à leur désarroi. Tandis qu'ils jettent les feutres contre le mur et qu'ils se détournent de la télévision (si, si), attrapez donc un livre, un bon vieux livre et "partagez avec eux un moment de calme au coin du feu"* en leur lisant des histoires qui raviront leurs petits esprits curieux. Moustache Jr. a sélectionné pour vous cinq ouvrages propices à ces moments privilégiés, et croyez-moi, il sait de quoi il parle.

Méli-Mélo, de Martine Perrin – Dès 3 ans

Voilà un petit livre bien rigolo. Nous entrons d'emblée dans les couleurs vives de l'Afrique, et nous suivons un zèbre qui se promène de personnes en animaux, tranquille. Les pages sont découpées pour laisser apparaître tour à tour un crocodile qui se transforme en porteur d'eau, puis un léopard en chasseur, un hippopotame en piroguier, et ainsi de suite. Un texte simple, des illustrations expressives, un enfant heureux.

Dix petits insectes, de Davide Cali et Vincent Pianina – Dès 9 ans

Pour les plus grands qui savent lire tout seuls, cette bande-dessinée est une adaptation très très libre des Dix petits nègres d'Agatha Christie et met en scène dix insectes, parmi lesquels un escargot, une sauterelle et une mouche. Chacun d'entre eux se rend sur l'île de la Tortue sur une invitation mystérieuse dont le motif se décline en fonction de leur désirs : la sauterelle athlétique pense ainsi venir récupérer une récompense pour ses performances sportives, l'escargot glouton croit venir participer à un concours de dégustation de croquettes, tandis que le papillon de nuit intellectuel croit aller à un congrés médical…mais que va-t-il donc se passer sur cette île? pourquoi les avoir tous réunis? qui est à l'origine de ces invitations? Autant de questions qui perdureront à mesure que, logés dans un manoir propice au crime, nos amis seront les victimes de meurtres aussi saugrenus qu'inquiétants…Les dialogues sont très drôles, les dessins subtils et l'histoire prenante. Moustache Jr. m'a confié qu'il conseillait vivement ce livre.

T'choupi à la neige, de Thierry Courtin – dès 3 ans

Allez, un T'choupi pour la route. Vous connaissez sûrement le petit bonhomme (dont la nature est d'ailleurs difficle à définir. T'choupi est-il un ourson? une peluche?), il fait le bonheur des tout-petits et fait concurrence à Petit Ours Brun qui longtemps était la star des situations quotidiennes en images, le chouchou des enfants qui ne veulent pas aller se coucher et ne disent pas merci. Quoi qu'il en soit, cet épisode de T'choupi nous le montre en tenue de ski, découvrant les paysages enneigés du pays où il vit (il vit où, T'choupi?). C'est une sélection hivernale que nous vous proposons, on ne pouvait décemment pas occulter les vacances au ski de notre ami sans sourcils (T'choupi n'a pas de sourcils).

Histoires célèbres et inconnues, de Fabrice Melquiot et Louis Arene – Dès 7 ans

Quand Gulliver, Cendrillon et Casanova se font refaire une beauté par Fabrice Melquiot, ça donne trois histoires complètement déjantées, où on trouve un lampadaire au coeur tendre qui s'appelle Albert, un prince qui fait un casting pour trouver sa princesse, une tortilla qui fait fondre Casanova, et bien d'autres personnages riches en couleurs. Un souffle de fraîcheur et une bonne dose d'humour enrobent ces récits qui ne laisseront pas votre enfant indifférent à l'omelette espagnole, qui, avant, le laissait bien froid. Ajoutez à cela des illustrations à en faire pâlir Tim Burton, et vous êtes partis pour un vrai plaisir de lecture.

Mille ans de contes, Tome 1, dirigé par Christian Guibbaud, illustrations de Christian Guibbaud, Virginie Guérin, Emile Jadoul, et Fabrice Turrier – Dès 3 ans

Si votre enfant vous toise d'un regard accusateur quand, pour la 200e fois, vous lui proposez avec un enthousiasme un peu forcé de lire La Belle aux bois dormants dans votre édition aux illustrations défraîchies, alors ce recueil de contes est pour vous. Pour ne pas perdre les bonnes habitudes, quelques contes classiques y sont présents, mais ce qui fait l'originalité de ce livre, c'est la sélection variée de contes des cinq continents. Aux côtés du Petit Poucet, donc, se trouveront Pierre le paresseux (et le roi des Trolls) – déjà entendu parler, vous, de Pierre le paresseux (et du roi des Trolls)?, Ali Baba (plus classique, mais toujours bienvenu), Thésée et le Minotaure (un peu de mythologie n'a jamais tué personne), et plus de 70 autres contes rangés par thèmes (contes merveilleux, contes à croquer, histoires d'animaux, mythologie, ruses et énigmes, etc). Une vraie mine d'or.

A bientôt pour plus de livres!

*Si nous avions une pub à la télé, ce serait ce qu'elle dirait.

Des livres pour l’hiver – 1/ Cinq romans (et nouvelles)

L'hiver, parfois, est dur à supporter. Oui, c'est un lieu commun, mais dans les lieux communs, parfois, on se retrouve (tiens, voilà un autre lieu commun!). Voici notre sélection de romans et nouvelles pour occuper vos dimanches hivernaux:

Tout, tout de suite, de Morgan Sportès

Les jours où il a tellement neigé que votre porte d'entrée ne s'ouvre plus (nous nous adressons là aux habitants du Montana, par exemple – ou plutôt aux deux habitants du Montana qui nous lisent!), et que vous avez décidé qu'il en serait ainsi, que non, vous ne dégageriez pas le passage, un roman imposant s'impose pour vous et votre canapé. Tout, tout de suite, de Morgan Sportès, est un roman qui s'inspire des faits réels survenus au moment du meurtre d'Elie, en 2006, dans une banlieue parisienne. L'auteur retrace avec un réalisme sec les événements qui ont mené à la mort du jeune homme, reconstituant entre fiction et documentaire les faits et gestes des agresseurs avant et pendant la séquestration d'Elie. Un récit sur les dérives de la petite délinquance et un froid constat sur une génération désespérée, Tout, tout de suite a reçu le Prix Interallié en novembre 2011.

L'alcool et la nostalgie, de Mathias Enard

On est un peu amoureux de Mathias Enard chez Moustache. Enfin, surtout Mme Moustache. Et, bien que vous ayez sûrement entendu parler (ou lu) les très remarqués Zone et Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants, vous avez peut-être laissé filer hors de votre champ de lectures L'alcool et la nostalgie, publié aux éditions Inculte en début d'année. Fort de son talent pour nous imprégner d'un lieu, d'un pays, Mathias Enard nous emporte cette fois en Russie, dans un voyage en Transsibérien, dont les paysages successifs offrent au narrateur l'occasion du souvenir : reminiscences d'une vie passée (nostalgie!) à aimer et à boire (alcool!), avec ses compagnons Jeanne et Vladimir. Mais aujourd'hui Vladimir est mort et Mathias doit rapatrier son corps dans son village en Russie orientale. C'est bête à dire, mais si vous aimez les auteurs russes, vous aimerez L'alcool et la nostalgie. Et puis, comme toujours avec Mathias Enard, c'est subtil, savoureux, et c'est beau (en plus, c'est parfait, la Russie, pour une lecture d'hiver, non?).

Paris noir, dirigé par Aurélien Masson

Sur une note tout à fait différente, Paris noir est le livre parfait pour conjurer le dimanche gris où il ne se passe désespéremment rien. Publié aux éditions Asphalte et dirigé par Aurélien Masson (directeur de la fameuse collection "série noire" de Gallimard), ce recueil de douze nouvelles nous plonge au coeur du Paris policier, interlope (et souvent nocturne). Autant de nouvelles que d'auteurs (Dominique Mainard, Hervé Prudon, Marc Villard, etc), dont le choix reflète un désir de "mélanger les genres, de faire se cotôyer des pointures du roman noir avec des auteurs plus classiques" (Aurélien Masson). Un régal.

Cent seize Chinois et quelques, de Thomas Heams-Ogus

Déjà, on aime le titre. Ensuite, nous avons lu le premier chapitre, et là nous avons été complétement absorbés par le récit. Et puis, ensuite, c'est encore mieux. L'histoire se passe en 1942 dans les Abbruzzes, en Italie. C'est la guerre, comme vous pouvez l'imaginer. Jusque-là, le décor est plutôt courant pour un roman. Mais tout à coup, vous réalisez qu'en Italie, en 1942, il y avait des Chinois (bon, d'accord, ça n'est pas SI incroyable). Et que ces Chinois, eh bien ils ont été internés dans un camp par les fascistes italiens, dans les Abbruzzes, comme on l'a déjà dit. Tout ça s'est vraiment passé, et Thomas Heams-Ogus nous le raconte en distillant toute l'étrangeté de la situation, et nous tentons de comprendre ce que ça peut être pour (à peu près) cent seize Chinois, de se retrouver là, de se convertir au catholiscisme, et de n'y rien comprendre. Peu à peu, une communauté se forme, et ils tentent de prendre en main leur destin. Un récit limpide et délicat : c'est l'impression que nous a laissée Cent seize Chinois et quelques.

Tout passe, de Bernard Comment

L'hiver est propice à la lecture de nouvelles. Une tasse de thé, une heure de lecture…un petit roupillon…puis une autre histoire entre les mains…le temps passe et l'on se régale de récits variés, courts et pleins. Pour vous parler de Tout passe (et c'est vrai que tout passe, en fin de compte), nous partageons avec vous la note de l'éditeur, qui parle avec éloquence et justesse de ces petits trésors:

"Une vieille dame qui s’apprête à partir avec ses secrets, dans le calme d’une piscine. Un lecteur dans une bibliothèque numérique, par temps de panne électrique. Un homme dans une chambre d’hôtel, au bord de la plage, sous la pluie, qui n’attend qu’un d’improbable fantôme. Un veuf qui enterre méthodiquement sa richesse. Un fils qui s’interroge sur un père qu’il n’a pas connu ou presque. Un écrivain soucieux de ses brouillons. Les retrouvailles d’un couple qui n’a jamais vraiment existé. Les conséquences tragiques d’une fausse annonce. Un entraîneur qui abandonne son équipe en plein match. A chaque fois, des bribes de passé se dévoilent, et une interrogation se pose, sur le futur et ce qu’il convient de lui transmettre ou non. Que retient-on d’une vie ? De sa propre vie ? Qu’est-ce qui en restera ? Quelles traces laisser ? Comment infléchir le destin ? Dans un monde qui change, où les codes sont parfois vidés de leur sens, où la continuité est peut-être une illusion qui fait naufrage, les personnages inventés par l’auteur de cette toile d’araignée essaient de faire le point (comme on dit aussi d’une caméra). Pas forcément pour y voir clair. Mais pour garder les yeux ouverts, avant la nuit, et dans la nuit."

Tout passe a reçu le prix Goncourt de la nouvelle 2011.

Bonne lecture!

Bienvenue!

Qui sommes-nous donc?

D'abord, la boutique

Moustache Books est une librairie française en ligne qui propose à l’ensemble des Etats-Unis des livres français en français, accompagnés d’articles, de critiques, et d’informations sur l’actualité littéraire francophone.

Ce site est né de notre désir d’ouvrir une librairie française à New York qui proposerait un choix de qualité, dans un environnement propice au partage, autour de lectures, de rencontres, et ce en transmettant notre enthousiasme pour l’actualité littéraire française. C’est donc dans ce but que nous avons décidé de lancer, dans un premier temps, une librairie en ligne, basée à Brooklyn, qui, en plus de proposer des livres, espère participer activiement à la vie littéraire française de New York.

Ensuite, le blog

Le blog de Moustache Books, c'est aussi une famille. M. Moustache, Mme Moustache et Moustache Jr (voir portrait ci-dessous). Une famille dont chacun des membres apportera sa contribution au blog de Moustache Books. La famille Moustache est très bavarde. Cependant il faut savoir que M. Moustache parle français comme une poule ukrainienne et que Moustache Jr., du haut de ses deux mois, a encore du mal avec le clavier de l'ordinateur – ce qui ne l'empêche pas de vouloir partager avec opiniâtreté son point de vue sur les livres jeunesse. Ce sera donc Mme Moustache que vous retrouverez le plus souvent : comme elle parle français et sait se servir d'un clavier, ça devrait équilibrer l'affaire. Bref, vous nous verrez ici et là, en anglais et en français, parlant de tout et de rien, et faisant toujours croire que ça a à quelque chose à voir avec la littérature.

En attendant, nous vous proposons une promenade dans notre sélection de livres soigneusement choisis, en espérant que vous y trouviez votre bonheur. Nos étagères, principalement dédiées à la littérature contemporaine et à la littérature jeunesse françaises, continueront de se remplir à mesure de vos visites.

Et nous espérons donc que grâce à vous, petite moustache deviendra grande !

 

Don QuiFoot

Il serait bien naturel en ce mois de novembre de parler du Prix Goncourt et de son lauréat Alexis Jenni pour son Art français de la guerre (bientôt sur nos étagères).

Mais, non, nous ne le ferons pas. Mais, pourquoi pas ? Oh, ne serait-il pas inutile de rajouter à la pile déjà bien épaisse d’articles sur le sujet notre point de vue qui finira fatalement par dire, à propos de la façon dont le vote se décide, quelque chose comme « Tout ça, c’est politique », ou à l’inverse « Tout ça, ce n’est pas politique »?

Alors quoi, notre moustache prétendrait-elle voler au-dessus de la mêlée ? Serait-elle démangée par l’envie d’être différente ? Bref, ferait-elle la maligne ? Pour être tout à fait honnête : un peu. Mais il s’agit surtout, plutôt que d’afficher une originalité de nos jours bien difficile à atteindre, de répondre à des contraintes que nous nous sommes imposées dans l’écriture de ce blog. Donc, en définitive, la raison de notre silence aujourd’hui sur les résultats du Goncourt est bien arbitraire : le nom de l’écrivain récompensé ne commence pas par la lettre « A ». Eh oui, cette contrainte, qui, vous l’aurez compris, consiste à suivre l’alphabet latin (vous ne voyez pas très bien pourquoi nous précisons « latin ». Nous non plus, puisque nous ne maîtrisons ni le russe ni l’arabe) dans l’écriture hebdomadaire de nos articles consacrés aux écrivains français, est bien légère. Rien d’Oulipien, rien de bien élaboré. Simplement c’est très commode, les contraintes.

Pour être plus honnête encore, c'est après avoir regardé l’émission de Frédéric Taddei « Ce soir ou jamais » du 1er novembre et dans laquelle le tout nouveau membre du jury du prix Goncourt Régis Debray a défendu ledit prix que l'envie de  parler du roman d'Alexis Jenni nous a passé. ce qui nous a refroidi c’est que Régis Debray l’ait fait du haut d’une suffisance au demeurant si prononcée que lui-même semblait s’en agacer. Alors nous nous sommes dits (du haut de notre propre suffisance) : « Oh, et puis zut. » En somme, cela a fini de nous ôter le goût du commentaire-qui-va-de-soi.

Cette semaine, donc, et pour inaugurer les débuts de notre blog : la lettre « A ».

Jetons un coup d’œil à nos étagères et trouvons l’inspiration. Angot ? Non, trop d’Angot tue l’Angot, c’est comme pour le Goncourt (décidément on ne parle de rien aujourd’hui sur ce blog !). Artus ? Ah, bah tiens ! Hubert Artus. Très bien. D’autant que son ouvrage Don QuiFoot est paru chez une petite maison d’édition rafraîchissante et qui mérite d'être citée, les éditions Don Quichotte. Allez faire un tour sur leur site (mais pas tout de suite, vous n'avez pas terminé de lire notre article).

Le sous-titre de Don QuiFoot, "Dictionnaire rock, historique et politique du football", annonce d'emblée le projet d'Hubert Artus: expliquer le football dans une dimension autre que celle seule du divertissement. Cela n'empêche pas pour autant l'auteur de se faire plaisir en évoquant certains moments forts de l'histoire du foot. Par exemple, comment Cuauthémoc Blanco a donné son nom au geste du même nom, qui consiste à bloquer le ballon entre ses mollets en sautant afin d'éliminer les adversaires. Non, nous ne sommes pas spécialistes du foot, et oui, nous avons le livre sous les yeux tandis que nous décrivons ce geste, et aussi afin d'éviter les fautes d'orthographe dans les prénoms mexicains.

Les entrées de Don QuiFoot sont aussi éclectiques qu'elle sont, souvent, inattendues. On peut ainsi passer de Victoria Beckham au hooliganisme en passant par les boycotts contre la Fédération d'Israël de Football.

Un dictionnaire "rock", donc. Autrement dit, un dictionnaire qui raconterait une "contre-histoire" du football. A travers des entrées telles que "cocaïne", "orgasme", "unofficial football worldcup championships", Hubert Artus nous montre le foot sous un angle neuf, ce qui a pour agréable résultat d'en faire un ouvrage passionnant même quand on n'est pas passionné de foot (ce qui est notre cas). Et fournir un éclairage neuf sur un sport dont il semble que tout a été dit, c'est assez fort.

Un dictionnaire "historique" et "politique" aussi : Quand, où et comment le football a vu le jour? comment a-t-il évolué depuis sa création? : chaque entrée donne un peu à comprendre l'histoire du football. Histoire des clubs, des joueurs, et même des chansons qui accompagnent les équipes (oui, il y a une entrée "tubes"). C'est avec des anecdotes inédites et un souci d'analyse critique, le tout non dénué d'humour qu'Hubert Artus étudie comment le foot reflète le contexte politique dans lequel il s'inscrit. On trouvera ainsi, entre autres, les entrées "Lybie", "Israël", et une question : le foot serait-il, en fait, d'origine chinoise?

Un dictionnaire qui se lit comme un roman, mais aussi comme un dictionnaire (étonnant) : on s'y réfère, on y revient, on le feuillette ou on s'y plonge carrément. Un vrai plaisir.

Pour info, Hubert Artus est journaliste littéraire et officie notamment sur le site Rue89, dans son Cabinet de lecture.